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l'édito: 

Chers spectateurs,

Cette année encore le Festival du Ciné des Enfants vous propose de nombreux cadeaux : des avant-premières, des ateliers de création d’un film d’animation, un spectacle pour découvrir la magie des débuts du cinéma avec La Lanterne Magique, des projections lecture et de nombreux films à voir ensemble pour s’émerveiller encore et toujours !!!
Le magnifique film de Kore Eda Une affaire de famille sera toujours à l’affiche et nous sommes sûrs que vous serez séduits par Monsieur de Rohena Gera, qui dénonce à travers une histoire d’amour interdite les inégalités sociales qui pèsent en Inde. Un premier film d’une intelligente délicatesse !
En cette période de fêtes de fin d'année, profitez du temps que vous avez pour partager en famille et / ou entre amis de grands moments de cinéma dans votre salle préférée !
Nous vous souhaitons de très bonnes fêtes et une joyeuse année 2019 remplie de belles découvertes cinématographiques !

L’équipe du Diago

Ága

Milko Lazarov propose dans son nouveau film une exploration tendre du sentiment amoureux chez les personnes âgées et d’un mode de vie ancestral

Après Alienation (Prix des Journées des Auteurs de Venise en 2013), le Bulgare Milko Lazarov opère avec son deuxième film, Ága, projeté hors-compétition au 68e Festival de Berlin, un changement drastique de rythme et de continent. Le film, produit par Red Carpet, est le tout premier film bulgare à faire la clôture du prestigieux festival.

Le scénario, écrit à quatre mains par Lazarov et Simeon Ventsislalov, est à la fois une histoire d’amour entre personnes âgées et un récit sur un mode de vie moribond, car il s'aventure dans cette contrée hostile et glacée qu’est l’Arctique pour nous présenter Nanook (Mikhail Aprosimov) et Sedna (Feodosia Ivanova), qui vivent sur le permafrost. C’est une vie rude et pénible que la leur, une vie de plus en plus fragile à mesure que le gibier et le poisson se raréfient, mais ils souffrent aussi de l'acte impardonnable d’Ága (Galina Tikhonova), leur fille, partie travailler dans une mine de diamants.

Fort des paysages grandioses et de l’impeccable travail du directeur de la photographie Kaloyan Bozhilov, Lazarov nous dévoile le contraste entre l’existence ultra-traditionnelle de Nanook et Sedna et la propagation du cancer de la technologie. Une des minimalistes affiches du film, un cercle noir sur une mer de blanc, reflète parfaitement l’approche du réalisateur : il s'agit de souligner l’éternel combat entre tradition pacifique et progrès perturbateur, entre nature inviolée et technologie envahissante, un combat dont la seconde sort généralement gagnante.

“J’aime ces rochers, car ils seront là pour toujours”, déclare Sedna au sujet d’un amas de pierres situé près de leur yourte, des rochers qui, pour elle, évoquent une famille à jamais soudée. Le fossé générationnel et le départ des enfants vers une vie autonome sont d’ailleurs deux thèmes centraux du scénario, lequel couvre aussi le conflit entre la préservation d’un certain mode de vie et la conquête de nouveaux territoires. L’ancien n’est-il pas destiné à être remplacé –voire même trahi– par le nouveau ? Les enfants ne sont-ils pas tenus de quitter leurs parents ? Il semble que ce soit dans l’ordre des choses. Cependant, Lazarov se détourne du vainqueur du conflit sus-mentionné, préférant poser son regard attendri sur le perdant.

Jouant avec le public, le film utilise un certain nombre de symboles pour souligner cette dichotomie séculaire entre la tradition et le modernisme. Ága travaille dans une mine, symbole de technologie, de pollution et de perversion dont l'entrée, en vue aérienne, évoque en effet une plaie béante sur la face de la Terre. Son frère, Chena (Sergei Egorov), ancien alcoolique, habite en ville. Ses nouvelles dents dissimulent les ravages de la boisson et sa motoneige laisse derrière lui des éclaboussures de pétrole, tandis qu’il s’éloigne à pleine vitesse… Fort de ces allusions, le manifeste du film pour une vie verte et respectueuse n’en devient que plus évident.

"Nous, les coyotes" de Hanna Ladoul et Marco La Via

Jake et Amanda arrivent à Los Angeles pour commencer une nouvelle vie mais la ville ne les accueille pas du tout comme ils l'espéraient.

Film programmé au sein de la sélection de l'ACID lors du festival de Cannes

Le fait de s'en aller pour Los Angeles, la cité des anges et des stars, pour commencer une nouvelle vie fait de ce film un western revisité par la modernité du cinéma européen façon Antonioni, autour de la survie des rêves d'un jeune couple en milieu hostile. Loin des grands studios, cette production française, de réalisateurs vivant entre Paris et Los Angeles, offre une vision inédite de la cité californienne, à travers le vécu viscéral (autobiographique selon le témoignage d'Hanna Ladoul et Marco La Via), d'une confrontation face au mythe américain et à son usine à rêves Hollywood, surtout lorsque l'on cherche à faire du cinéma. Dès lors, cette chronique intimiste se déroulant sur la durée diégétique de 24 heures, est aussi une réflexion métacinématographique où Hanna Ladoul et Marco La Via précisent leur place dans l'industrie du cinéma : comme leurs personnages principaux, celle-ci est donc foncièrement nourrie par leur indépendance. Le moteur du film est bien ce jeune couple, porté par ses rêves, son innocence, sa liberté auquel son entourage ne cesse de le briser : la famille d'Amanda qui méprise l'esprit bohême de Jake, le monde de l'emploi qui propose éhontément un poste de travail sans rémunération (il faut donc être riche pour avoir le droit de travailler ? constatera avec pertinence et dégoût profond Amanda), la violence d'un monde où l'acquisition de l'argent à tout prix broie toute initiative relationnelle... La mise en scène privilégie dès lors dans cette perspective les confrontations interindividuelles dans des scènes dialoguées finement écrites sous le digne patronage du cinéma de Cassavetes. Un bel hommage à tous les coyotes de tous les horizons, souvent relégués dans la marginalité d'un monde régi par le puritanisme hypocrite engoncé dans ses frustrations (cf. le personnage de la tante d'Amanda) et un marché du travail où la cool attitude cache un profond cynisme.