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l'édito: 

Chers spectateurs,

Quelle joie de vous voir aussi nombreux à l’avant-première de Blackkklansman, film savoureux qui signe le grand retour de Spike Lee et avec lequel nous entamons la rentrée le poing levé ! Une bien belle soirée qui vous a donné l’élan, nous l’espérons, la curiosité et l’envie de découvrir tous les autres films au programme. Nous recevrons le 4 septembre Nicolas Philibert, l’un des plus grands documentaristes français pour son film De chaque instant dans lequel il rend un bel hommage aux infirmières et infirmiers dont on a tellement besoin. Nous accueillerons le 6 septembre, Alexandra Lamy et Mathieu Sapin pour Le Poulain, tourné à Montpellier. Connu pour ses BD sur l’Elysée ou Gérard Depardieu, Mathieu Sapin signe un premier film épatant sur les coulisses de la communication politicienne. Le Festival Arabesques ayant changé ses dates nous aurons le plaisir de les accueillir les 17 et 18 septembre en partenariat avec le CINEMED autour de deux belles soirées dédiées au cinéma du monde arabe. Nous aurons l’immense joie de recevoir Michel Ocelot, le papa de Kirikou, d’Azur et Asmar pour son nouveau film merveilleux, Dilili à Paris fabriqué en partie chez Les Fées Spéciales, coopérative montpelliéraine. Enfin on lancera la deuxième édition de notre cycle Western Yeehaw !!! avec le « GRAND » Les Frères Sisters de Jacques Audiard ! Vous voyez comme on est très contents de vous retrouver ! A très vite !
L’équipe du diago

Les Frères Sisters de Jacques Audiard

VENISE 2018 : Jacques Audiard poursuit son exploration de la violence et des sentiments avec un très efficace western crépusculaire dans l’Ouest américain de 1851.
Nous sommes au temps de la ruée vers l’Or et dans la nuit noire, au milieu de nulle part, deux hommes règlent froidement leur compte à d’autres. Les balles sifflent, les corps tombent, un cheval s’enfuit, sa crinière en feu, tandis que le duo de tueurs s’interroge avec désinvolture sur le nombre exact de victimes. Ainsi planté, au coeur de l’Oregon en 1851, le décor du nouveau film de Jacques Audiard, Les Frères Sisters, dévoilé en compétition à la 75e Mostra de Venise, semble ne pas faire de mystère des ambitions du réalisateur, tant les codes du western semblent à priori relativement incontournables. Mais le cinéaste français (Palme d’Or à Cannes en 2015 avec Dheepan) a plus d’un tour dans son sac et il a réussi à trouver un angle légèrement décalé pour plonger dans les dérèglements de l’Ouest américain.
Avançant tambour battant sur une formule alliant grand spectacle classique (rythme, traque, espaces naturels, rebondissements, fusillades, etc.) et exploration de la psyché US (la violence originelle, la fraternité, les idéaux confrontés à la corruption du pouvoir et de l’argent), Les Frères Sisters doit beaucoup au roman éponyme crépusculaire de Patrick de Witt, dont Audiard avait déjà adapté De rouille et d’os et dont il s’est emparé assez fidèlement (en édulcorant néanmoins légèrement la folie) avec son co-scénariste Thomas Bidegain pour délivrer un très bon film d’aventure dont l’humour plutôt macabre est teinté de pistes de réflexion allusives, de raccourcis dans les brumes et les montagnes d’un parcours initiatique arrivant au carrefour du karma sanguinaire passé et d’un avenir utopique.
Le versant sombre de ces deux directions est incarné par les frères Sisters, Charlie (Joaquin Phoenix) et Elie (John C. Reilly), fils d’un père fou à lier, devenus dès leur jeunesse d’impitoyables assassins et désormais au service du Commodore (Rutger Hauer). Leur nouvelle mission : rejoindre le détective John Morris (Jack Gyllenhaal) qui doit lui-même retrouver Hermann Kermit Warn (Riz Ahmed), un inventeur détenteur d’un procédé chimique secret attirant les convoitises car permettant de visualiser l’or au fond des rivières. Semé de cadavres, d’épisodes ubuesques (araignée vénéneuse et allergie géante, cheval blessé se putréfiant progressivement, etc.) et de discussions incessantes et très animées entre les deux frères Sisters qui ne voient pas le futur de la même manière, le film chevauche à bride abattue de Myrtle Creek à San Francisco, en passant par Jacksonville, alors que Morris, démasqué, s’est allié à l’utopique Hermann (admirateur de Thoreau et qui veut utiliser l’or pour fonder une communauté idéale). Et quand les deux duos se retrouvent enfin, une étonnante association se met en place...
En s’attaquant à son premier film doté d’un cast de stars anglo-saxonnes à la hauteur de leurs réputations, le chevronné Jacques Audiard remplit impeccablement son contrat, délivrant une oeuvre énergique, divertissante et mise en scène avec une grande maîtrise, sans renier son attirance pour les atmosphères mêlant noirceur et rédemption, mais en l’ajustant à une cible plus grand public. Certains pourront sans doute un peu regretter ce relatif adoucissement et le léger manque de profondeur des personnages de Morris et Hermann (conséquence du rythme assez trépidant du film), mais Les Frères Sisters s’impose globalement comme une habile relecture du genre du western et un long métrage d’excellente facture.

A Angoulême, c’est un autre cinéma qui gagne

Le Festival du film francophone a rendu dimanche le palmarès de sa 11e édition, consacrant la création “fauchée” et engagée. Parmi nos coups de cœur : “Tout ce qu’il me reste de la révolution”, nouvelle comédie de Judith Davis et “L’Amour flou”, savoureuse autofiction de Romane Bohringer et Philippe Rebbot.
La onzième édition du Festival du film francophone d’Angoulême s’est terminée dimanche 26 août, après, comme chaque année, pléthore de films et tombereau de stars et réalisateurs français venus présenter leurs nouveaux longs métrages en avant-première, pour certains des mois avant leur sortie en salles. Ainsi Gilles Lellouche pour Le Grand Bain, qui a créé l’émeute dans les salles angoumoisines, Michel Blanc pour Voyez comme on danse, Catherine Corsini pour Un amour impossible, Louis-Julien Petit pour Les Invisibles avec Corinne Masiero et Noémie Lvovsky, ou encore Benoît Delépine et Gustave Kervern pour I Feel Good, avec Jean Dujardin et Yolande Moreau.
Ces deux derniers films – on ne s’en étonnera pas de la part du jeune réalisateur de Discount, et encore moins venant du duo de Louise Michel – revendiquent un ancrage social fort et une base documentaire à leurs fictions. Leurs castings respectifs est un mélange homogène d’acteurs professionnels et d’anonymes qui vivent, au quotidien, la dureté du monde d’aujourd’hui : des femmes sans domicile dans Les Invisibles, et les membres d’une communauté Emmaüs dans I Feel good au milieu duquel Jean Dujardin brille dans un registre comique plus inquiétant que d’habitude, soliloquant et obsessionnel.
Le palmarès
Valois de diamant : Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin
Valois du jury : Judith Davis pour Tout ce qu’il me reste de la révolution
Valois de l’acteur : Félix Maritaud dans Sauvage, de Camille Vidal-Naquet
Valois de l’actrice : Milya Corbeil-Gauvreau dans Les Rois mongols, de Luc Picard
Valois du scénario : Sofia, de Meryem Benm’Barek
Valois de la musique : Mouss et Hakim pour Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin
Valois du public : L’Amour flou, de Romane Bohringer et Philippe Rebbot
Valois des étudiants francophones : Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin
D'après Télérama